Cardinal Giuseppe Siri et Maria Valtorta
Le cardinal Giuseppe Siri (1906-1989) devient archevêque de Gênes en 1946, à 40 ans. Il devient cardinal en 1953 et deviendra le premier président de la Conférence Episcopale Italienne (1958‑1965). C'était une figure marquante: un journaliste le nomme "le pape non élu" dans un ouvrage qu'il lui consacre. Aux conclaves qui suivirent le décès de Pie XII (1958), Jean XXIII (1963) et Paul VI (1978) il fut le candidat naturel des prélats les plus conservateurs. Dans ses actions on note l'accueil qu'il réserva, à Gênes, en 1976, à l'abbé Jean-François Guérin. C'est l'acte fondateur de la communauté saint-martin qui s'est fortement développée en France.
Il eut deux occasions d'aborder le cas Maria Valtorta:
- en 1956: en donnant au Père Corrado Berti qui le sollicitait, sa réponse sur l'imprimatur et la préface de l'oeuvre de Maria Valtorta.
- en 1985: en recevant la réponse du cardinal Josef Ratzinger à la demande de précision adressée par un prêtre de son diocèse.
La demande d'imprimatur (1956)
Lorsque la publication du premier volume de l’Œuvre fut imminente, le Père Berti voulut faire une dernière tentative pour obtenir un Imprimatur, ou du moins une déclaration qui puisse être, d’une certaine manière, équivalente. À cette fin, il envoya une lettre au cardinal Siri, accompagnée (semble‑t‑il[1]) d’au moins un des fascicules dactylographiés de l’Œuvre de Maria Valtorta[2].
Traduction
185/56ARCHEVECHE DE GENES
Le 6 mars 1956
Très révérend Père,
Je réponds aussitôt à vos trois demandes :
1 — L’impression que m’a faite la lecture du manuscrit est excellente. Seule observation : les gens parlent avec le style littéraire de notre temps, et non celui de l’époque[3]. C’est du moins ce qu’il me semble.
2 — J’en lirais volontiers davantage. Le plus gros volume justifie un jugement supplémentaire, bien que modeste comme le mien.
3 — L’Imprimatur n’est pas mon affaire[4]. Comme, d’une certaine manière, la Suprême[5] s’en est mêlée[6], il serait dangereux d’agir sans la consulter. Quant à la préface, je n’ai pas le courage d’en faire une.
Avec ma plus cordiale bénédiction, je vous prie d’agréer, Révérend Père, l’expression de mes sentiments respectueux.
+ card. Giuseppe Siri
La lettre du cardinal Josef Ratzinger (1985)
En 1985 furent diffusées des photocopies d’une lettre au cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. La lettre, en date du 31 janvier 1985, était adressée au cardinal Siri ; c’était la réponse à une question que la Congrégation avait reçue d’un frère capucin de Gênes, dont le nom avait été masqué sur certaines photocopies publiées[7].
C'est sur cette lettre que l'on découvre pour la première fois, à la lecture du numéro de protocole (144/58[8]) que le Saint-Office avait procédé après la mort de Pie XII, a une recomposition du dossier Maria Valtorta en vue de la mise à l'Index. Certaines pièces avaient semble-t-il disparues dont le rejet de Pie XII, le 17 février 1949, d'une proposition de condamnation de l'œuvre de Maria Valtorta par le Saint-Office. Le rédacteur de l'article de l'Osservatore romano est obligé de faire appel à ses souvenirs.
Dans cette lettre au cardinal Giuseppe Siri, le cardinal Josef Ratzinger déconseille la diffusion de l'œuvre de Maria Valtorta sur la foi du dossier qu'il découvre. Il la pense malsaine non pas dans l'absolu, mais pour la catégorie des fidèles "les plus vulnérables". On suppose qu'il fait allusion à des lecteurs peu informés qui confondraient l'œuvre de Maria Valtorta avec l'Évangile canonique, thème sur lequel il insistera ultérieurement.
Au tournant des années 1990, le cardinal J. Ratzinger eut l'occasion de lire personnellement l'œuvre de Maria Valtorta et de délivrer un "imprimatur conditionnel", laissant se poursuivre la lecture et la diffusion de cette œuvre à la condition qu'elle ne soit pas lue à l'équivalent de l'Évangile canonique[9], ce que Jésus lui-même, avait demandé dans l'œuvre[10].
C'est cette position qui a été rappelée dans le communiqué de presse du Dicastère pour la Doctrine de la Foi du 22 février 2025.
Note et références
- ↑ Nous ne disposons pas du texte de la lettre du Père Corrado Berti.
- ↑ Extrait de Maria Valtorta, qu'en penser ? Éléments de discernement - p. 125.
- ↑ La tonalité des avis de prélats à cette époque (Mgr Alfonso Carinci, Mgr Ugo Emilio Lattanzi, Père Gabriele M. Roschini), hormis ceux du Saint-Office, est de juger l'œuvre de Maria Valtorta comme un "bon livre", étonnant de connaissances, capable de faire du bien aux lecteurs, mais sans adhérer aux parties descriptives qui la caractérise.
- ↑ Selon le code de droit canon en vigueur à l'époque, l'imprimatur ne peut être accordé que par "l'Ordinaire (évêque) propre de l'auteur, par l'Ordinaire du lieu dans lequel les livres et les images sont édités, ou l'Ordinaire du lieu dans lequel ils sont imprimés." (CIC 1917, article 1385 §2) L'archevêque de Gênes n'était concerné que par aucun de ces cas.
- ↑ À cette époque, “la Suprême” était la Congrégation du Saint‑Office, qualifiée ainsi parce qu’elle était supérieure à toute autorité épiscopale. Son chef était en effet le pape lui-même.
- ↑ Une lettre de Maria Valtorta évoquant la contestation, par le Saint-Office, de l’imprimatur donné par Mgr costantino Barneschi, cite Mgr Siri comme favorable à l'œuvre et au courant de ses démêlées: "Pourquoi Son Eminence Mgr Siri, ainsi que Mgr Raffa, Mgr Crovella et Mgr Carinci, etc. ne donnent-ils pas leur appui ? Parce qu’ils ont tous une peur bleue du Saint-Office et de leurs Eminences Marchetti-Selvaggiani et Ottaviani, qui font la pluie et le beau temps, même au mépris de la volonté de Sa Sainteté" (Lettres à Mère Teresa Maria, Tome 2, lettre du 16 décembre 1948, p. 176.)
- ↑ Il s'agit du Frère Umberto Losacco cité dans plusieurs sources (ex. Il cattolico). Ce religieux occupe aujourd'hui des responsabilités au sein du Secrétariat général de son ordre.
- ↑ Le dossier primitif portait le numéro de protocole 355/45.
- ↑ "Il est réaffirmé que les présumées « visions », « révélations » et « communications » contenues dans les écrits de Maria Valtorta, ou qui lui sont en tout cas attribuées, ne peuvent être considérées comme d’origine surnaturelle, mais doivent être considérées comme de simples formes littéraires utilisées par l’Auteure pour narrer, à sa manière, la vie de Jésus-Christ."
- ↑ Dans une dictée du 28 janvier 1947, Jésus précise la nature de l’œuvre confiée à Maria Valtorta: "L’ouvrage livré aux hommes par l’intermédiaire du petit Jean [=Maria Valtorta] n’est pas un livre canonique. Néanmoins, c’est un livre inspiré que je vous accorde pour vous aider à comprendre certains passages des livres canoniques [...]" ( Les Cahiers de 1945 à 1950, CEV, p. 330). Ce passage établit sans ambiguïté que L’Évangile tel qu’il m’a été révélé ne se présente pas comme un nouvel évangile, mais comme une œuvre inspirée, destinée à éclairer la Révélation déjà donnée et à favoriser une connaissance vivante du Christ.