Les apôtres ont-ils consommé des aliments interdits ?

    De Wiki Maria Valtorta
    Pierre et Jean sur la route d'Ascalon (EMV 218.1). Illustration réalisée selon les descriptions de Maria Valtorta.

    Par deux fois l’œuvre de Maria Valtorta associe les apôtres à des aliments (crabes, moules, coquillages) déclarés impurs par le Lévitique 11,9-12 et le Deutéronome 14,9-10. Cela se passe dans des terres "étrangères[1]": le pays philistin au sud, la Syro-Phénicie au nord.

    Les épisodes concernés

    En Philistie, près d'Ascalon (Ashqelôn)

    Jésus et les apôtres sont en marche vers Ascalon. L’hospitalité leur est refusée dans ce pays philistin où ils ne sont pas bienvenus[2]. La faim se fait sentir. Maria Valtorta situe, à ce moment, la scène des épis arrachés par les apôtres un jour de sabbat[3] que rapportent Matthieu 12,1-8 et Luc 6,1-5. Dans le récit de Maria Valtorta, Jésus leur dit : "vous ne mourez pas de faim"[2] et leur annonce que Dieu "pourvoira à nous nourrir nous aussi" ; ils trouvent finalement une haie de figuiers de Barbarie[4].

    Le lendemain matin, à l'approche d'Ascalon, Maria Valtorta décrit la marche des apôtres le long de la plage: "Jean est comme hypnotisé par le spectacle de la mer sans fin qu'illuminent les premiers rayons du soleil. Il semble boire cette beauté et son œil en devient plus bleu. Pierre, plus pratique, se déchausse, relève son vêtement et patauge dans les petites vagues de la rive en quête de quelque crabe ou de quelque coquillage à sucer.[5] [6]"

    Observations

    Maria Valtorta décrit Pierre pataugeant dans les petites vagues de la rive. Le récit lui prête l'intention d'y rechercher des crabes et des coquillages. Pierre ne dit rien, et aucun geste de capture ni de consommation n'est décrit. Jean, comme le reste des apôtres et Jésus lui-même, ne commentent ni ne consomment une pêche éventuelle. Ce sont des descriptions de Maria Valtorta, non des paroles des personnages.

    On observe pas d'éléments d'urgence vitale qui justifieraient le recours à Pikuach Nefesh (sauver une vie), ce principe du Judaïsme qui prime sur toutes les autres prescriptions de la loi juive.

    La première chose que fait Thomas, arrivé à Ascalon, est de se mettre en quête de nourriture pour la troupe apostolique. Il recueille, non sans mal, des œufs[7], du pain[7] et du poisson[8] offert par les pêcheurs évangélisés par Jean. Il se réjouit: "Allons le cuire. Ce soir, grand banquet pour nous refaire du jeûne d’hier !"

    En Syro-Phénicie, à Tyr

    En Syro-Phénicie, au nord, Jésus évangélise les pêcheurs. Vient l’heure chaude de la journée. Jésus leur dit alors : "Et maintenant comportons-nous en bons amis jusqu'à l'heure du retour, ainsi nous nous connaîtrons mieux et il sera facile de nous reconnaître..." Et ils se dispersent dans la petite baie rocheuse. Ils cuisent des moules et des crabes enlevés aux rochers, et des poissons pris avec de petits filets; ils dorment sur un lit d'algues desséchées à l'intérieur de cavernes ouvertes par des tremblements de terre ou par les vagues dans la côte rocheuse.[9]

    Observations

    Ce n’est pas la troupe apostolique qui mange les moules, crabes et poissons, mais l’ensemble des participants : apôtres et pêcheurs phéniciens. Dans la nourriture, il y a "des poissons pris avec de petits filets". Le texte ne distingue pas les apôtres des pêcheurs et ne dit pas qui mange quoi.

    Ce que l'œuvre dit ailleurs des animaux impurs

    La transgression qu'évoquent respectivement Luc 6,1-2 et EMV 217.1 ne concerne pas des aliments "impurs" mais la règle du sabbat. Les "pains consacrés" qu'évoque Jésus, ne sont pas non plus une transgression alimentaire.

    L'œuvre de Maria Valtorta évoque cependant plusieurs fois le respect des prescriptions alimentaires:

    • Près de Gamla, les apôtres font la grimace en passant près des porcs ("Ils sont impurs…"). À Philippe, qui demande pourquoi ces animaux ont été "classés comme impurs pour nous", Jésus répond par "une raison surnaturelle et une raison naturelle"[10].
    • à Bozra, une dispute oppose Pierre à un aubergiste païen qui vient d'égorger un porcelet[11]

    À noter l'exception d'Hermastée, un philistin devenu disciple et martyr. Il se nourrit "de fruits sauvages et de mollusques marins qu'il arrachait aux rochers ou tirait du sable". Prêchant Jésus dans le dénuement, il se nourrissait de ce qu'il trouvait ou de de ce qu'on lui donnait. Il mourut assassiné[12].

    Dans les Actes des Apôtres

    À Joppé, lors de sa vision, Pierre déclare : "Certainement pas, Seigneur ! Je n’ai jamais pris d’aliment interdit et impur"[13] ! »

    Notes et références

    1. ↑ Historiquement associées à des peuples distincts d'Israël, la Philistie, au sud (Ascalon, Gaza), et la Phénicie, au nord (Tyr, Sidon), se caractérisaient par des traditions culturelles et religieuses propres. Ces territoires n'étaient cependant pas politiquement indépendants et n'étaient dépourvus de communautés juives.
    2. ↑ 2,0 et 2,1 EMV 217.1.
    3. ↑ La vulgate sixto-clémentine précisait "un sabbat second premier (in sabbato secundo, primo)", formulation qui n'est conservée que dans la plupart des Bibles protestantes. La Nova Vulgata de 1979 lui a préféré "Un jour de sabbat (in sabbato)".
    4. ↑ EMV 217.4
    5. ↑ L'original italien dit : sguazza nelle ondette della riva cercando di trovare qualche granchiolino o qualche nicchio da succhiare, soit "dans les petites vagues du rivage", "quelque petit crabe ou quelque coquillage à sucer".
    6. ↑ EMV 218.1
    7. ↑ 7,0 et 7,1 EMV 218.2.
    8. ↑ EMV 219.5.
    9. ↑ EMV 251.7.
    10. ↑ EMV 186.4.
    11. ↑ EMV 292.1.
    12. ↑ EMV 564.11.
    13. ↑ Actes 10,14.