Les apôtres ont-ils réellement consommé des aliments interdits ?
Par deux fois l’œuvre de Maria Valtorta associe les apôtres à des aliments (crabes, moules, coquillages) interdits explicitement par le Lévitique 11, 9-12. S'agit-il d'un anachronisme ?
Qu’en est-il ?
Les épisodes concernés
Une première fois en EMV 218.1.
En pays philistin, au sud, ils sont en marche vers Ascalon. L’hospitalité leur est refusée et la faim se fait sentir. Le long de la plage « Jean est comme hypnotisé par le spectacle de la mer sans fin qu'illuminent les premiers rayons du soleil. Il semble boire cette beauté et son œil en devient plus bleu. Pierre, plus pratique, se déchausse, relève son vêtement et patauge dans les flaques de la rive en quête de quelque crabe ou de quelque coquillage à sucer. »
Une seconde fois en EMV 251.7.
En Syro-phénicie, au nord, Jésus évangélise les pêcheurs. Vient l’heure chaude de la journée. Jésus leur dit alors : « Et maintenant comportons-nous en bons amis jusqu'à l'heure du retour, ainsi nous nous connaîtrons mieux et il sera facile de nous reconnaître..." Et ils se dispersent dans la petite baie rocheuse. Ils cuisent des moules et des crabes enlevés aux rochers., et des poissons pris avec de petits filets; ils dorment sur un lit d'algues desséchées à l'intérieur de cavernes ouvertes par des tremblements de terre ou par les vagues dans la côte rocheuse, pendant que ciel et mer sont un éblouissant azur et qui s'embrasse à l'horizon et que les mouettes font un continuel carrousel de vols, de la mer aux nids, en poussant des cris et en battant des ailes, uniques voix qui, avec le clapotis des flots, se font entendre en ces heures d'étouffante chaleur d'été. »
En route pour Ascalon
C’est lors de ce voyage en pays philistin que Maria Valtorta situe[2] la scène des épis arrachés par les apôtres un jour de sabbat que rapportent Matthieu 12,1-8 et Luc 6, 1-5. On pourrait avancer que Jésus, maître du sabbat, autorise Pierre à manger des animaux « immondes » pour combler leur faim. Mais il ne s’agit pas là du jour de transgression (un sabbat), mais de la nourriture consommée (interdite).
On pourrait invoquer aussi Pikuach Nefesh (sauver une vie), ce principe du Judaïsme qui prime sur toutes les autres prescriptions de la loi juive. Mais si la faim est réelle et cruelle pour les apôtres, la Providence leur offre un filet d’eau et un figuier de Barbarie.
L’explication se trouve dans le texte. C’est Maria Valtorta qui décrit Pierre pataugeant dans les flaques à la recherche de crabes et de coquillages. Mais Pierre ne le dit pas. On ne le voit pas en ramasser ou en manger. Jean ne commente pas. Pierre peut être plus simplement à la recherche d’un menu fretin (alevins, poissons piégés) compatible avec les prescriptions du Judaïsme.
Cette fermeté est confirmée par Actes 10, 14 où Pierre déclare : « Je n'ai jamais pris d'aliment interdit et impur. » Cette affirmation rend peu probable une consommation volontaire de crustacés en dehors d'une nécessité extrême qui n'apparaît pas dans l'épisode.
Il est possible que Maria Valtorta ait simplement évoqué, à partir de son expérience des rivages méditerranéens, les animaux que l'on aperçoit spontanément dans les flaques côtières.
La pause à Tyr en Syro-Phénicie
Ce n’est pas la troupe apostolique qui mange les moules, crabes et poissons, mais l’ensemble des participants : apôtres et pêcheurs phéniciens. Dans la nourriture, il y a « des poissons pris avec de petits filets ». C’était suffisant pour nourrir Jésus et les apôtres.