Père Romualdo Migliorini et Maria Valtorta
Le Père Romualdo Maria Migliorini était un prêtre de l'ordre des servites de Marie, fondé au Moyen-Age par sept ermites de Florence.
Il est né le 21 juin 1884 à Volegno di Stazzema (province de Lucques) dans la montagne toscane. C'est aujourd'hui un village d'une soixantaine d'habitants. Il fut missionnaire au Canada et en Afrique du Sud, où il avait la charge de préfet apostolique[1]. Une photo de groupe le représente à Città del Capo[2] avec dix-sept évêques missionnaires. Bien qu’il soit le seul à ne pas être évêque, il porte au cou la croix pectorale comme les autres, en signe de sa dignité.
À la suite de problèmes de santé, il revint en Italie en 1939. Il avait 55 ans. il fut envoyé à Viareggio comme prieur du couvent Sant’Andrea ; il devint le confesseur et le directeur spirituel de Maria Valtorta en 1942 et joua auprès d’elle un rôle déterminant. Frappé par la grandeur d'âme de Maria Valtorta et lui demande d'écrire l'histoire de sa vie car Maria Valtorta pense sa fin prochaine. Elle s'exécute en deux mois, de février à avril 1943, elle a 46 ans.
De culture missionnaire, il en avait le pragmatisme. Au plus sombre de la guerre, il lui fournit les cahiers d'écolier nécessaires. Elle y écrit d'abord son Autobiographie, mais aussi toutes les autres œuvres qui vont lui être inspirées jusqu'en 1950. L'ensemble couvre 13 193 pages sur 122 cahiers. Tout ce que Maria Valtorta écrivait à la main, au stylo, sur des cahiers communs, le Père Romualdo Migliorini le tapait à la machine en en faisant plusieurs copies sur du papier carbone.
Il commença à en faire des fascicules anonymes qu'il distribuait contre l'avis expresse de Maria Valtorta, en vantant leur origine divine. Ce fut un premier motif de différent entre eux. Il s'intéressait aussi à deux femmes de Camaiore (ville proche de Viareggio) qui bénéficiaient de manifestations mystiques, l'une religieuse, l'autre laïque. Malheureusement elles dévièrent de leur vocation initiale ce que ne vit pas le père Romualdo Migliorini malgré les avertissements de Maria Valtorta qui pâtissait de l'amalgame qui en ressortait. Le père Romualdo Migliorini fut rappelé à Rome en 1946 et les relations avec Maria Valtorta se fit plus distantes.
Il mourût le 10 juillet 1953, à Carsὸli (L’Aquila) dans la résidence d’été des étudiants de son ordre, quelques mois après la dernière qu'il écrivit à Maria Valtorta.
La rencontre avec Maria Valtorta[modifier | modifier le wikicode]
Le directeur spirituel[modifier | modifier le wikicode]
Lorsqu'il apprit que Maria Valtorta - qui appartenait à la paroisse San Paolino - cherchait un directeur spirituel, il alla lui rendre visite en juin 1942 et devint son confesseur le 2 juillet de cette année, jour de la Visitation[3]. Dans ce même ouvrage, l'éditeur précise le rôle qu'il tint dans l'élaboration des manuscrits :"Comme Maria Valtorta était alitée, elle écrivait de sa main avec un stylo, en s'appuyant sur un carton posé sur ses genoux arqués. C'est ainsi qu'elle avait rempli les sept cahiers de l'Autobiographie destinée au Père Migliorini. Elle pensait lui avoir "tout dit" et se disposait à mourir en paix, sûre de ne rien avoir à faire d'autre dans la vie. Bien au contraire, elle allait devoir remplir l22 autres cahiers après la dictée inattendue du 23 avril 1943.
Il dactylographie ses visions[modifier | modifier le wikicode]
Lorsqu’elle reçut la première dictée, en ce mémorable vendredi saint 1943, [jour de sa première vision mystique] elle se confia à Marta Diciotti et l’envoya aussitôt chez le Père Migliorini, note Emilio Pisani dans ses mémoires[4]. Quand il vint la voir, il la rassura sur l’origine du message et l’invita à continuer d’écrire ce qu’elle allait encore recevoir. Lui-même suivit, jour après jour, la prodigieuse production de Maria Valtorta et il tapait à la machine des copies de ses cahiers manuscrits que Maria Valtorta relisait et annotait parfois[5].
Il s'interroge sur cet apostolat, mais Jésus le rassure : considère son apostolat auprès de Maria Valtorta comme la prolongation de sa vocation : "il peut en être sûr, est bien dans son champ d’apostolat et aura à y travailler encore beaucoup parce que les païens sont là et il est mon missionnaire[6]." Les fascicules qu'il dactylographiait servir à la diffusion préalable auprès des autorités ecclésiastiques. Mais il ne tarda pas à en faire une large diffusion.
Il les diffuse malencontreusement[modifier | modifier le wikicode]
Avec le temps, il se mit à confectionner des fascicules plus petits qu'il distribuait pour lecture. Jésus l'avertit : "En ce qui concerne le Père (Migliorini), je suis très, très content qu’il utilise mes paroles pour lui-même, pour son âme, pour sa prédication, pour guider et consoler d’autres âmes, qu'elles soient sacerdotales ou laïques. Cependant, il ne doit pas en révéler la source pour le moment[7]."
Bien qu'il gardât le nom de Maria Valtorta dans l'anonymat, il laissait entendre que ces écrits étaient dictés par le Ciel à un "porte-parole" qu'il dirigeait spirituellement. Lorsque Maria Valtorta l'apprit, elle en fut profondément attristée. Elle considérait cette diffusion comme "intempestive" et "imprudente" et craignait par-dessus tout d'être découverte. Il arrivait même que, par ignorance, des personnes pieuses cherchent à lui apporter du réconfort dans son infirmité en l’invitant à lire l’un de ces fascicules. Les lecteurs et lectrices se les passaient de main en main, et des copies "revenaient à la source", comme disait Maria Valtorta, inconsolable, lorsqu'elle se retrouvait seule avec Marta Diciottii[8]..
Il se fourvoie dans l'accompagnement de mystiques douteuses[modifier | modifier le wikicode]
On peut supposer qu'il était captivé par cet apostolat auprès d'une mystique, car il commença à accompagner spirituellement deux femmes de Camaiore, une ville proche de Viareggio, qui présentaient des phénomènes mystiques. L'une était religieuse, l'autre laïque.
Maria Valtorta était au courant et s'intéressait à ces deux cas. Elle ne manquait pas de fournir des directives inspirées pour elles, qu'elle transmettait au Père Romualdo Migliorini. Cependant, ces deux mystiques commencèrent à dévier de leur voie mystique initiale et de leurs charismes[9].
Le 21 janvier 1946, Jésus l'avertit : "Romualdo, fais attention à l’éclat multicolore qui se dissout en brouillard ! Moi, je laisse toujours les choses concrètes, bien ordonnées, claires, dans la lumière. Méfie-toi des faux saints qui sont plus pernicieux pour mon triomphe que tous les pécheurs notoires. Le surnaturel saint existe. Je le suscite. Il faut l’accepter et y croire. Mais il ne faut pas accepter au premier coup d’œil n’importe quel petit vase portant l’inscription 'Huile de sagesse divine', ou n’importe quel livre fermé sur lequel il est écrit : 'Dieu est ici'[10]."
Il est rappelé à Rome[modifier | modifier le wikicode]
Le point de friction résidait dans le fait que le Père Migliorini refusa de comprendre cette évolution et resta empêtré dans une situation qui compromettait également Maria Valtorta, le "porte-parole" dont il divulguait les écrits. L’affaire dépassait désormais le cadre privé. En mars 1946, le Père Migliorini fut appelé à Rome, où il allait résider à la Maison générale de son ordre. Il transmit ses consignes à son confrère, le Père Berti, qui s'occupa des écrits sans jamais devenir le directeur spirituel de Maria Valtorta.
La correspondance se poursuivit, et le Père Romualdo Migliorini continua de recevoir à Rome les manuscrits de Maria Valtorta. Il assista à l'audience papale du 26 février 1948, mais, submergé par l’émotion, il ne put prendre la parole.
Cependant, le rythme de leur correspondance commença à ralentir en raison de nouvelles incompréhensions, et elle finit par cesser.
Notes et références[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ Une préfecture apostolique est une portion du "peuple de Dieu" qui, n’étant pas érigée encore en diocèse, est confiée à un prêtre qui en prend soin au nom du pape.
- ↑ Città del Capo est le nom italien de la capitale sud-africaine : Le Cap ou Cape Town.
- ↑ Lettre du 21 février 1943, citée en quatrième de couverture de Correspondance avec le père Migliorini.
- ↑ Maria Valtorta - Qu'en penser ? CEV 2025, p.38.
- ↑ Ce sont cependant ses cahiers originaux qui servent aujourd'hui à l'édition. Ceux-ci n'ont jamais été repris. Ils sont de premier jet. Parfois des annotations les accompagnent, mais sur des feuillets séparés.
- ↑ Les Cahiers de 1943, 13 août, p. 223.
- ↑ Les Cahiers de 1943, 18 juillet, p. 166.
- ↑ Correspondance avec le père Migliorini, pp. 7-8.
- ↑ Dans l'Église catholique, un "charisme" est un don ou une grâce spéciale accordée par le Saint-Esprit à une personne ou à une communauté pour le bien de l'Église et du monde. Ces dons peuvent inclure des talents particuliers, des capacités spirituelles ou des vocations spécifiques, et ils sont destinés à être utilisés pour la mission évangélique et le service des autres.
- ↑ Les Cahiers de 1945 à 1950, 21 janvier 1946, p. 173